Comprendre les Phtalates !

Les phtalates sont un groupe de produits chimiques dérivés (sels ou esters) de l’acide phtalique. Ce sont des polluants organiques semi-volatils très répandus dans l’environnement des zones urbaines qui sont couramment utilisés comme plastifiants dans les plastiques, en particulier du PVC, pour les rendre souples.

Produits à quelque 3 millions de tonnes par an dans le monde, ils sont présents partout à des niveaux différents dans notre environnement quotidien. Certains d’entre eux possèdent un effet perturbateur endocrinien.

Plusieurs d’entre eux ont été classés dans la catégorie des substances présumées toxiques pour la reproduction humaine par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Des mesures ont été prises au niveau européen qui limitent, voire interdisent, l’utilisation de certains phtalates préoccupants dans les cosmétiques, les jouets et articles pouvant être portés à la bouche par des enfants, ainsi que pour les dispositifs médicaux et les matériaux de contact alimentaire.

Dans l’environnement, ces produits sont biodégradables mais peuvent persister plus longtemps dans certains milieux comme le milieu aquatique où ils vont se mélanger aux sédiments, ce qui rendra plus difficile leur dégradation en milieu aérobie.

Utilisation des phtalates

On en trouve dans la quasi-totalité des produits en polychlorure de vinyle (PVC), auxquels ils confèrent la souplesse voulue (rigide, semi-rigide ou souple).

90 % de la production de phtalates est destinée aux PVC, dont ils peuvent représenter plus de 50 % en poids pour les articles souples comme les nappes ou les rideaux de douche.

On les trouve dans les couches, chaussures, textiles imperméables, cuirs synthétiques, jouets, consoles de jeux, encres d’imprimerie, détergents. Ils sont présents dans des matériaux de construction, d’ameublement et de décoration, les revêtements en vinyle.

Ils sont également présents dans plusieurs médicaments, cosmétiques  et dans les amalgames dentaires. Les phtalates entrent dans la composition des médicaments, essentiellement lorsqu’une résorption particulière s’impose (par exemple pour fabriquer des capsules gastro-résistantes). Le matériel hospitalier, notamment les poches de perfusion, sont des sources de contamination.

Les plus répandus (DEHP, DBP, DINP, DIDP et BBP) font toujours l’objet d’études par divers organismes internationaux (FDA, Agence européenne des substances chimiques et Institut National de Santé Publique au Québec) afin de clarifier certaines questions en suspens quant à la toxicité et aux normes à appliquer vis-à-vis d’eux.

D’autre phtalates sont DMP, DEP, DnBP, BBzP, DIDP.

Dangerosité et toxicité pour l’homme ou l’environnement.

La toxicité du phtalate, comme celle du bisphénol A, dépend principalement de sa capacité à migrer du plastique au corps humain et elle est assez bien connue en ce qui concerne les plus employés, tel le DEHP.

Il reste cependant quelques suspicions à propos des effets cancérigènes de ces phtalates. Bien que des effets aient été prouvés sur des rongeurs, il n’est pas possible d’affirmer que les phtalates soient cancérigènes pour l’homme.

En toxicologie, quatre types d’exposition sont envisagées : inhalation, ingestion, intraveineuse ou contact cutané. Mais une étude publiée en 2015 expérimentalement confirmé que chez l’enfant, l’absorption de ces composants chimiques par la peau (directement à partir de l’air) est une voie d’exposition aussi importante que l’inhalation (même si l’enfant ne touche pas les objets qui émettent ces phtalates volatiles).

Leur inhalation n’était pas jugée prépondérante, il faut tout de même considérer le risque dû aux aérosols dans les cosmétiques (parfums, déodorants) et aux colles et le risque de passage transcutané direct (à partir de l’air pollué) chez les jeunes enfants.

L’exposition via leur ingestion est jugée plus critique. Dans les pays où ils sont encore admis dans plastiques au contact des aliments, les phtalates migrent vers les aliments riches en graisses (fromages, viandes, plats en sauce..).

La valeur moyenne ingérée est alors de 0,25 mg/jour. Selon des chercheurs de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)  12 % des gens dépasseraient la dose tolérée pour le DEHP selon la communauté européenne (soit 0,037 mg/kg de poids corporel/jour).

Le risque est exacerbé chez le jeune enfant qui tend à porter à la bouche les objets (dont jouets en plastique) et car les phtalates peuvent migrer dans la salive et aussi au travers de la peau.

La libération de phtalates par la voie intraveineuse est une autre source d’exposition non négligeable, notamment leur exposition à travers les appareils médicaux comme les poches de sang ou les sondes intraveineuses.

La quantité à laquelle le patient est exposé est faible mais l’exposition est directe puisque les composés passent directement dans le sang. Cela devient encore plus critique lorsqu’il s’agit d’un bébé ou d’une femme enceinte car les effets sur la fertilité et la croissance sont reconnus.

Enfin des produits cosmétiques en contenant sont aussi source d’exposition car le contact cutané direct permet la migration dans le corps humain.

Des phtalates sont aussi transmis via le lait maternel.

Malgré tout cela, lorsque toutes ces expositions sont combinées, il peut y avoir des risques mais les quantités présentes dans l’environnement ne sont pas assez importantes pour être dangereuses outre mesure.

De plus, il ne se produit en général pas de bioamplification en remontant dans la chaîne alimentaire, ce qui veut dire que la contamination à laquelle un animal a pu être exposé ne se transmettra pas à celui qui va le manger si le temps est assez long pour permettre aux phtalates de se dégrader.

Toutefois leur utilisation dans les jouets et emballages alimentaires est très réduite en Europe en raison de leur dangerosité. La réglementation en vigueur restreint leurs emplois, dans de nombreux pays.

Par exemple, l’Italie qui fut l’un des derniers pays européens à bannir les phtalates comme plastifiants dans les films étirables alimentaires.

Le risque de leur utilisation reste élevé dans ces articles venus d’ailleurs, car ils ont des performances inégalées pour un prix raisonnable.

 

Normes et réglementation

Plusieurs normes ont été adoptées dans le monde pour limiter voire interdire leur usage dans les produits à risques.

L’utilisation de certains phtalates dans les articles de puériculture ou les jouets destinés aux enfants de moins de 3 ans a notamment été interdite depuis quelques années.

Elle est d’ailleurs fréquemment révisée (voir la directive 2005/84/CE) dans l’Union Européenne et le décret de transposition n° 2006-1361 du 9 novembre 2006 en France.

Concernant les produits cosmétiques, la réglementation varie, l’Union Européenne interdit l’utilisation du DEHP dont le potentiel toxique est le plus élevé, alors que le Canada demande que tous les produits cosmétiques soient étiquetés pour informer le consommateur sur la présence de phtalates ou non.

Pour les autres matières plastiques, aucune réglementation n’est appliquée car les doses auxquelles nous sommes exposés ne sont pas considérées comme dangereuses. Il reste cependant à faire l’effort de trouver des substituts non toxiques, surtout pour la fabrication de matériel médical.

Source d’origine synthétisée: https://fr.wikipedia.org/wiki/Phtalate